Marcel Mauss, Techniques, technologie et civilisation

Note de lecture/Citations – 

Edition et présentation de Nathan Schlanger – Citations

« On appelle technique, un groupe de mouvement, d’actes, généralement et en majorité manuels, organisés et traditionnels, concourant à obtenir un but connu comme physique ou chimique ou organique. » Marcel Mauss

“L’homme est un animal qui pense avec ses doigts” ; qu’il les ait propres ou non, voilà le postulat ! Si l’on pense savamment, ce qui à peu de choses près revient à latiniser, on peut se baptiser soi et ses congénères, Homo Faber. Seulement, il apparaît vite que la machine supplantant les mains de l’homme, réduit ce dernier lorsqu’elle devient autonome, peut-être dans le meilleure des cas, à une surveillance, une somnolence uniquement digne de “mon oncle” s’endormant devant la boudineuse à tuyaux de l’usine Plastac ! Que fait l’homme alors ? Au delà de toute diabolisation naturellement excessive, et au-delà de tout le respect que l’on peut porter aux mouvements luddites, la machine devient vite l’un des plus court chemin menant à l’homme. Il s’agit, ni plus ni moins, d’étudier les techniques du point de vu de l’anthropologie culturelle : Marcel Mauss en digne précurseur, emboîte le pas ! Le constat selon lequel la technologie n’a pas la place à laquelle elle a droit dans le domaine des sciences sociales (et par delà!) ne date pas d’hier. « En mettant la technologie dans les sciences sociales, Mauss l’a sortie de la marginalité dans laquelle Durkeim l’avait plus ou moins délibérément confinée. » nous dit Nathan Schlanger. Les réticences occidentales envers les techniques, envers les occupations manuelles, matérielles, basses, non intellectuelles, envers ce qui est du ressort de l’esclave plutôt que de l’homme libre, envers ce qui se rapporte à l’Homo Faber et non à l’Homo Sapiens sont aussi bien connues qu’elles sont monnaies courantes. Faut-il rappeler, après relecture de Simondon, que l’aliénation supposément causée par la technique, n’est pas causée par les machines mais par leur méconnaissance et leur exclusion de la culture (déclaration qui, toutes raisons gardées et toutes vitesses de production maintenues, peut valoir un poing dans la figure de qui la prononce de la part de tous braves travailleurs en sortie d’usine !). Il faut être clément face aux humanités mécaniques.

Une machine, un outil n’est pas qu’un amas de liaison mécaniques, de matériaux, de formes, de fonctions mais est la conséquence et la cause de comportements humains. Les façons de faire, les façons de se servir d’une machine, d’un objets techniques deviennent primordiales dans l’étude, autant que l’étude physique, cinématique, etc.

L’ouvrage en question concentre des textes disparates de Marcel Mauss autour des techniques rédigés entre 1913 et 1940 (auxquels se greffent quelques textes de Durkeim, l’oncle et mentor de Mauss, et Leroi-Gourhan, son élève), précédés d’une analyse de l’historien de l’archéologie, Nathan Schlanger. Le tout est une traduction française d’une synthèse de texte destinée aux anglophones. Le résumer n’est pas tâche aisée, puisque le livre forme déjà une anthologie et que seule une lecture complète peut éviter les contresens et éviter d’en éliminer d’autres qui reviennent à l’auteur. Je me contenterai donc de relever quelques citations, à mon sens, utiles pour qui s’intéresse aux techniques, à la technologie. Ces derniers excuserons ce laborieux préambule.

NS : Nathan Schlanger ; MS : Marcel Mauss

« Plus encore, leur perception « en mouvement » est pour lui une étape essentielle et originale de la compréhension des techniques, avec leur gestuelle et leur contexte d’action. » NS

« Il est surtout indispensable de retenir les méthodes d’obervations des techniques, et la nécessité absolue des précisions de causalité, circonstances, modalités. Pourquoi les gens n’ont-ils que des pointes de bois durci ? Pourquoi avaient-ils du fer ? Etc. Etc. » (…) « En faire l’étude cinématique et l’étude cinématographique afin d’avoir l’instrument « vivant » » MM

Dans un premier couplage, plutôt spécialisé, les techniques sont l’objet considéré, avec ses pratiques instrumentales ou matérielles, alors que la technologie est le discours qui en traite, la discipline qui leur est consacrée et qui sert à les décrire et à en rendre compte. En ce sens, la technologie est aux techniques ce que la climatologie est au climat, ou la musicologie à la musique. Cette acception prévaut en France au moins depuis le début du XIXe siècle, lorsque les divers savants associés au CNAM tentent de populariser la sciences des arts industriels.” MM

« La série de gestes de l’artisan est tout aussi uniformément réglée que celle du magicien. » MM

« Il y a entre l’homme et les techniques une causalité réciproque : il les fait et elles lui permettent de faire. » MM

« Il est parfois difficile de distinguer les techniques :

1) des arts des beaux arts, l’activité esthétique étant créatrice au même titre que l’activité technique. Dans les arts plastiques, il est impossible d’établir une distinction que que celle qui existe dans la mentalité de l’auteur :

2) de l’efficacité religieuse : Toute la différence est dans la manière dont l’indigène conçoit l’efficacité. Il faut donc doser les proportions respectives de la technique et de l’efficacité magique dans l’esprit de l’indigène (exemple : les flèches empoisonnées).” MM

« Un outil n’est rien s’il n’est pas manié. » MM

« Homo Faber dit Monsieur Bergson. Ces formules ne signifient rien que d’évident ou signifient trop, parce que le choix d’un tel signe cache d’autres signes également évidents. Mais celle-ci a pour mérite de réclamer pour la technique une place d’honneur dans l’histoire de l’homme. » MM

Les techniques sont particulière à une société. « Rien ne manifeste plus de différence entre deux traditions sociales que la différence encore énorme, même de nos jours, entre les outils et les arts de deux société : les tours de mains et les formes d’instruments qu’elles supposent, de deux peuples aussi voisin que le Français et l’Anglais, sont encore presque absurdes : on y a des pelles et des bêches différentes ; et cette différence commande des façons de s’en servir, et inversement. » MM

« Le complexus sciences-techniques est un bloc. Par exemple les plus anciens calendriers sont autant l’oeuvre d’agriculteurs que d’esprits religieux, ou d’astrologues ; technique, science et mythe s’y mêlent. De même, on a sélectionné des pigeons avant que Darwin ait trouvé la notion de sélection naturelle. » MM

« Mais on voit par la place que nous lui donnons, à quel degré le problème de la science et celui de la technique sont fondamentaux et conditionnent le problème des origines sociales de la raison. Et, ceci soit dit en passant, c’est un motif de plus pour ne placer celui-ci qu’à la fin et non aux débuts de nos études. » MM

« Tout objet n’est qu’un moment de l’acte industriel. Il s’agit de replacer l’objet à son rang et à sa portion congrue, il faut replacer l’objet technique dans son industrie, l’industrie de son métier, le métier dans la société. » MM

« (la technique) n’obéit pas aux mêmes principes que la sociologie parce que le technique et le social n’ont pas leurs racines dans le même sol les objets travaillent largement pour leur propre évolution, les techniques ont toujours un style national, mais rarement une nationalité. » Leroi-Gourhan

Bibliographie sommaire :

Techniques, Technologie et civilisation, Marcel Mauss, Edition et présentation de Nathan Schlanger

– Christine Laurière , « Nathan Schlanger, ed., Marcel Mauss. Techniques, Technology and Civilisation », L’Homme185-186 | janvier-juin 2008, [En ligne], mis en ligne le 20 mai 2008. URL : http://lhomme.revues.org/18312

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