Depuis les Impressions d’Afrique

Posted on juin

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Dans la sphère de l’art, l’industrie n’échappe pas à la représentation, on pensera aux impressionnistes notamment qui font de l’usine, des gares, un motif moderne. Mais il faut attendre les mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle pour que la machine soit au cœur des productions, puisées autant dans la guerre que dans l’industrie : futurisme, dadaïsme, surréalisme, etc. On pensera au Manifeste futuriste (1909 – Filippo Marinetti) notamment : « Nous chanterons […] les usines suspendues aux nuages par des fils tordus de fumée, les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails tels d’énormes chevaux d’acier bridés de long tuyaux […] », aussi bien qu’au Manifeste du Machinisme de Bruno Munari (1952) : « La machine d’aujourd’hui est un monstre ! La machine doit devenir une œuvre d’art ! » Pendant que Duchamp inspiré de Roussel (Impressions d’Afriques -1910 et Locus Solus -1914) prépare son Grand Verre, mère des machines célibataires[1] − une idée de machine sexuée, meurtrière plutôt que machine réelle −, le ready-made fait son apparition. La roue de Bicyclette (1913) est sans nul doute pionnière des œuvres en mouvement, ready-made d’un cycle et précurseur de l’optique. Le Néo-dadaïsme, le Nouveau Réalisme, avec des artistes tels que Rauchenberg et Tinguely font de la machine, rebut de l’industrie, des œuvres à part entière (nous sommes tenté de penser que les usines reconverties en musée aujourd’hui présentent rétrospectivement une forme d’apogée du groupe des nouveaux réalistes éclaté en 1963). On notera une esthétisation de plus en plus forte de la machine au contraire de Duchamp qui d’ailleurs critiquera ces néo-dadaïstes[2] : « Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté esthétique ». Phrase à nuancer, puisque Duchamp admira les machines à peindre, les Méta-matics de Tinguely. La machine fait désormais partie intégrante de l’art, elle trône dans de nombreux musées à dessein politique, esthétique, artistique, ethnologique ou non.

Nous n’avons pas citer à dessein et par souci de synthèse, le cinétisme fondé par l’exposition Le mouvement, Galerie Denise René en 1955, la cybernétique de Nicolas Schöffer et bien d’autres artistes plus contemporains qui ne sont pas étranger à l’intérêt que la société porte aux machines et au delà, à la culture technique qui en découle.


[1] Les machines célibataires, Michel Carrouges ; Les machines célibataires, catalogue de l’exposition d’Harald Szeemann, 1975 ; L’âme du corps, arts et science, 1793-1993, Les machines célibataires : quelques repères, Jean Clair

[2] Le choix d’un ready-made devait se faire selon Duchamp « sur l’absence totale de bon ou de mauvais goût », en deçà de la sphère esthétique.

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