Détour vers le futur

Goûtons ce paradoxe : il faut s’être un moment évanoui dans une faille spatio-temporelle, ou s’être quelque peu déplacé dans la quatrième dimension, autrement dit, avoir voyagé dans le temps, pour n’avoir pas vu – à l’heure où tout le monde la tient pour culte – la trilogie Retour vers le futur (1985). Cela tient du mystère. En vérité, l’affaire est simple, si un homme qui se construit socialement et culturellement ne partage pas, avec toute la passion et le discernement qu’on lui suppose, les fictions ô combien vénérées par tous, alors il s’est dispersé, il a brouillé son cadran, il a dévié les pratiques obligées, il a vécu un autre temps. Il s’est construit sa machine à remonter le temps. Il a rencontré Doc et son chien Einstein. Tout homme qui n’a pas vu Retour vers le futur a, soit : déjoué les prédestinations culturelles que lui réservait sa date de naissance ou a lui même voyagé dans le temps.

Toute confession est malheureuse : je fais parti de ceux qui n’avait pas vu la trilogie de Robert Zemeckis. Eh bien, ma rédemption est passée. J’ai embarqué la DeLorean DMC-12 – à faire pâlir les mythologies de Roland Barthes- au côté de Marty.

Voilà une affaire bien ficelée que de penser qu’un homme qui ne vit pas de son temps, vit un autre temps et par conséquent, épouse l’un des fantasmes les plus fertiles de l’humanité et de la modernité : voyager dans le temps. On dit le procédé, par l’entremise de quelques relativité restreinte, trou noir et autres trous, un peu d’huile de coude et neuronale, mécaniquement possible.

La machine est au cœur de ces voyages ; elle suppose, par ses convecteurs temporels, ses bielles et ses vilebrequins, la réversibilité du temps et le fait que le passé ne soit peut-être par réellement passé. Il faudrait dire une machine à voyager dans les présents. Le risque, parmi d’autres, se rencontrer soi-même ou modifier à jamais le futur. Trou de ver et fontaine blanche, vitesse de la lumière, un écrou bien monté par H.G.Wells, les plans d’un scientifique iranien et nous voilà parti : je glisse les VHS de Retour vers le futur, chez moi, avant mes 14 ans, back to the future, et me voilà de mon temps !

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