RETROFUTURISME et Cie

Posted on novembre

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FUTUR ANTERIEUR – RETROFUTURISME – ARCHEOMODERNISME – STEAMPUNK

L’uchronie en partage 

-Et si demain était hier ?-

La manière avec laquelle on envisageait le futur au XIXe et XXe siècle au début de la science-fiction, est rétrospectivement revisitée par certains artistes contemporains, plus particulièrement en ce début du XXIe siècle. La post-modernité avec des « Et si…« , prompte à faire de notre réalité ce qu’elle serait devenue si les imaginaires futuristes passés se seraient révélés vrais [Et si les embarcations volantes à la Jules Vernes étaient monnaie courante…]. La machine à remonter le temps pèche par excès et s’exerce désormais à démonter le temps : passé, présent, futur. Anachronique par vocation, le rétrofuturisme donne l’illusion d’un passé où le futur et ses codes visuels datés auraient fait apparition plus tôt ou plus tard que prévu ; scrutant les représentations aveniristes anciennes pour les détourner. Le mouvement n’échappe donc pas au bricolages des images, lot de l’art qui nous est contemporain. Son procédé : l’uchronie [ Charles Renouvier, Uchronie, l’utopie dans l’histoire ] est une réécriture de l’histoire sur la base d’une suppression, d’une révolution d’un ou des moments du passé, la conséquence logique d’un non-lieu sur l’histoire, l’art du postulat a posteriori, d’ailleurs souvent humoristique, montrant un temps qui n’existe pas et n’existera jamais. En ce sens, il n’est pas projectif, on peut parler de rétrocipation à l’instar d’A. Pierre. Le rétrofuturisme propose ainsi des robots et des soucoupes volantes évoquant ceux et celles des années 1930-50 et le steampunk, des machines futuristes s’activant à la vapeur : un futur vintage ou un passé futuriste si l’on préfère.

Lloy Dunn – artiste et éditeur américain – nomme en premier le mouvement « rétrofuturime » sans prétention et sans mesurer encore ce qu’il recouvre (lors d’une conversation avec son colocataire d’alors, Paul Neff). Ce mouvement, dans les années 1980, dans le domaine des arts graphiques, du design et de l’architecture, s’attache aux représentations du futur produites avant les années 1960. Partant du principe que le sens dépend du contexte, un détournement du contexte peut modifier le sens. L’originalité étant désormais vaine en art, le bricolage contextuel des images passées semble trouver sa raison d’être et est le point fixe des rétrofuturismes : la collision des temps, des époques (notamment la modernité historique), des idées, des genres comme exercice de création.

Ray Caesar, « Metatron », 2008, Impression numérique, 72×48 inch

Puiser dans les revues de vulgarisation scientifiques et technologiques, dans la littérature et dans le cinéma de science-fiction, des pulps anglo-saxons aux scientific romances, les arts d’anticipation en général. Il s’agit de prendre au revers le progrès technique et le merveilleux scientifique (mythe du savant fou, explorations, inventions, pseudo-sciences, para-sciences, etc.) tels qu’ils étaient représentés, offrant à l’imagination des zones d’inconnu, des projets fantasmés, des histoires alternatives. La machine est au coeur de ces hybridations. Un ordinateur fonctionnant à la vapeur en serait l’exemple.

Sam Von Olffen

Notons que les mouvements rétrofuturiste, archéomoderniste et steampunk, entre autres sont distincts et autonomes, quoiqu’ils possèdent tous l’uchronie comme procédé.

Le steampunk : le punk à vapeur [dérivé du cyberpunk]: « une sorte de science fiction à rebours » d’après Daniel Riche, auteur qui attribue la paternité du mouvement aux écrivains américains, K.W. Jeter, James P. Blaylock et Times Powers. S’appuyant sur les canons universels de H. G. Wells, Conan Doyle et Jules Verne, le steampunk désintègre la linéarité du temps et propose des chimères anachroniques, d’un temps inexistant où la vapeur aurait supplanté le pétrole. Exemple : le Nautilus dessiné par Richard Fleischer. On peut noter l’existence de plusieurs dérivés dont le dieselpunk.

Bob Basset

Archéomodernisme : une uchronie contemporaine d’après Arnauld Pierre. Il s’agit de la convocation de formes du passé, de « manière indifférenciée et sans motivation ». Rendre équivalentes les époques, bricoler les ans, les représentations et images respectives : le dessein est de créer des objets chronologiquement non-identifiés. La Ford T de Xavier Veilhan en est l’exemple parfait.

La Ford T, Xavier Veilhan

Petite question barbare :  le futur est-il une notion passée ?

Quelques artistes clés : Jesse d’Angelo, Bob Basset, Xavier Veilhan, Eric Caro (dont le film rétrofuturiste La cité des enfants perdus, est sûrement le plus connu), etc.

Bibliographie sommaire :

-Catalogue de l’exposition « Futur antérieur » à la Galerie du jour-Agnès B
Du 24 mars au 26 mai 2012, 44 rue Quincampoix, Paris 4ème arrondissement

-Site du Musée d’Ailleurs : musée de la science fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires. 

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