Le chant de la styrène, Alain Resnais

Posted on novembre

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« La chant de la styrène », Alain Resnais (1958) from reinadafrica on Vimeo.

Texte (en voix off) de Raymond Queneau

Ô temps, suspends ton bol, ô matière plastique

D’où viens-tu ? Qui es-tu ? Et qu’est-ce qui explique

Tes rares qualités ? De quoi donc es-tu fait ?

Quelle est ton origine ? En partant d’un objet

Retrouvons ses aïeux! Qu’à l’envers se déroule

Son histoire exemplaire. Voici d’abord, le moule.

Incluant la matrice, être mystérieux,

Il engendre le bol ou bien tout ce qu’on veut.

Mais le moule est lui-même inclus dans une presse

Qui injecte la pâte et conforme la pièce,

Ce qui présente donc le très grand avantage

D’avoir, l’objet fini sans autre façonnage.

Le moule coûte cher ! c’est un inconvénient.

Mais il peut resservir sur d’autres continents.

Le formage sous vide est une autre façon

D’obtenir des objets : par simple aspiration.

À l’étape antérieure, adroitement rangé,

Le matériau tiédi est en plaque extrudé.

Pour entrer dans la buse il fallait le piston

Et le manchon chauffant – ou le chauffant manchon

Auquel on fournissait – Quoi ? Le polystyrène

Vivace et turbulent qui se hâte et s’égrène.

Et l’essaim granulé sur le tamis vibrant

Fourmillait tout heureux d’un si beau colorant.

Avant d’être granule on avait été jonc,

Joncs de toutes couleurs, teintes, nuances, tons.

Ces joncs avaient été, suivant une filière,

Un boudin que sans fin une vis agglomère.

Et ce qui donnait lieu à l’agglutination ?

Des perles colorées de toutes les façons.

Et colorées comment ? Là, devient homogène

Le pigment qu’on mélange à du polystyrène.

Mais avant il fallut que le produit séchât

Et, rotativement, le produit trébucha.

C’est alors que naquit notre polystyrène.

Polymère produit du plus simple styrène.

Polymérisation : ce mot, chacun le sait,

Désigne l’obtention d’un complexe élevé

De poids moléculaire. Et dans un otoclave,

Machine élémentaire à la pense concave,

Les molécules donc s’accrochant et se liant

En perles se formaient. Oui, mais – auparavant ?

Le styrène n’était qu’un liquide incolore

Quelque peu explosif, et non pas inodore.

Et regardez-le bien ! c’est la seule occasion

Pour vous d’apercevoir le liquide en question.

Le styrène est produit en grande quantité

À partir de l’éthyl-benzène surchauffé.

Faut un catalyseur comme cela se nomme

Oxyde ou bien de zinc ou bien de magnésium.

Le styrène autrefois s’extrayait du benjoin,

Provenant du styrax, arbuste indonésien.

De tuyau en tuyau ainsi nous remontons,

À travers le désert des canalisations,

Vers les produits premiers, vers la matière abstraite

Qui circulait sans fin, effective et secrète.

On lave et on distille et puis on redistille

Et ce ne sont pas là exercices de style :

L’éthylbenzène peut – et doit même éclater

Si la température atteint certain degré.

Il faut se demander maintenant d’où proviennent

Ces produits essentiels : éthylène et benzène.

Ils s’extraient du pétrole, un liquide magique

Qu’on trouve de Bordeaux jusqu’au cœur de l’Afrique.

Ils s’extraient du pétrole et aussi du charbon

Pour faire l’autre et l’un l’un et l’autre sont bons.

Se transformant en gaz le charbon se combure

Et donne alors naissance à ces hydrocarbures.

On pourrait repartir sur ces nouvelles pistes

Et rechercher pourquoi et l’autre et l’un existent.

Le pétrole vient-il de masses de poissons ?

On ne le sait pas trop ni d’où vient le charbon.

Le pétrole vient-il du plancton en gésine ?

Question controversée… obscures origines…

Et pétrole et charbon s’en allaient en fumée

Quand le chimiste vint qui eut l’heureuse idée

De rendre ces nuées solides et d’en faire

D’innombrables objets au but utilitaire.

En matériaux nouveaux ces obscurs résidus

Sont ainsi transformés. Il en est d’inconnus

Qui attendent encore un travail similaire,

Pour faire le sujet d’autres documentaires.

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