Objets industriels et restauration, notes de lecture

Note de lecture d’articles francophones parus entre 1993 et 2004 concernant la conservation et la restauration du patrimoine technique, scientifique et industriel (voir la liste des articles lus en bas)

Notons d’abord la grande qualité des articles de Philippe Tomsin (1) et de  Bénédicte Rolland-Villemot (2) dont l’exhausitivité est instructive et les bibliographies riches et encore à explorer (notamment les parutions anglophones) ; le premier arcticle parce qu’il replace historiquement la monstration du patrimoine industriel et qu’il décline les valeurs accordées à ce type d’objets, ainsi que les conditions de la restauration ; le second parce qu’il analyse toutes les pathologies liées à ce patrimoine et les solutions envisageables.

« On a souvent voulu faire table rase d’un passé évoquant le chômage et la société post-industrielle. » (P. Tomsin)

Suivant l’intérêt grandissant pour le patrimoine industriel, cinq chantiers pilotes ont été lancés en 2003 en France [ dont la restauration d’une poêle à sel au Musée des Salines de Salins-les-Bains ; la restauration d’une série de canons du département « artillerie » du Musée de l’Armée ; la restauration de métiers à tisser mécaniques au musée de la dentelle de Calais, entre autres ] afin de proposer une méthodologie et une déontologie communes, notamment des protocoles de traitements et d’interventions à destination des professionnels. Si les milieux de l’inventaire, des études en sciences et techniques, de promotion et sauvegarde du patrimoine industriel et technique associatif sont bien présents autour des vestiges, des objets industriels ; on notera le peu de présence du monde de la restauration, en tout cas le peu de publications. « Les publications consacrées à des expériences de restauration ou de conservation à leur sujet [les machines de production] sont rares, brèves et disséminées dans des revues peu diffusées. » (Philippe Tomsin) Les musées techniques, les musées de sites, les écomusées ont pourtant la charge de la conservation, pour les générations à suivre, des collections.

Quelle complexité propre à ce patrimoine ?

La quantité et la diversité des matériaux nécessitant une approche particulière et adaptée : les métaux ferreux (fontes et aciers), les métaux non-ferreux (laitons, cuivres, bronze, l’aluminium, duralumins), les matériaux d’origine végétale (bois, caoutchouc naturel, vulcanisé ou sous forme d’ébonite), les matériaux d’origine minérale (verres, porcelaine), d’origine animale (cuir), synthétique (celluloïd, cellophane, bakélite, nylon) ; les couches de peinture fréquentes sur les machines de production.

Les lieux de conservation : soit dans des bâtiments industriels [lieu d’origine souvent « taudifié » et présentant des conditions de conservation peu praticables, à l’image des conditions ouvrières de travail ], soit en extérieur. La conservation in situ, ce qui est souvent le cas, peut altérer les objets, les machines [corrosion des métaux notamment]. Le gigantisme des éléments nécessitent parfois des infrastructures assez conséquentes lors des chantiers de conservation-restauration  : échafaudage, grues, etc. La conservation préventive devient donc réellement importante et comme pour tout type de patrimoine, prépondérante.

L’histoire et l’utilisation de l’objet : objets qui furent ou non en mouvement, réparés, ajustés, démontés, etc. Son classement en tant que monument historique, lorsque c’est le cas, le prive nécessairement du geste ouvrier et notamment de la surveillance quotidienne (mécaniciens, électriciens) qui était le lot de ces machines. Paradoxalement, la machine est patrimonialisée et nécessairement moins connue et moins suivie. Les savoir-faire qu’elle recouvre sont nombreux et à prendre en compte pour tous projets : ceux de l’inventeur, du fabriquant, de l’utilisateur, du réparateur et enfin de ceux qui transmettent et restaurent. [ Il me reste à lire un article incontournable : Sylvie Vincent, La restauration et la conservation des machines industrielles : analyse des pratiques à partir de l’exemple de quelques musées français, actes du colloque de Mulhouse-Ungersheim, 1993]. Selon les articles de Techné n°18, S. Vincent soulève trois types de problèmes à la conservation-restauration d’une machine : le coût très élevé de la mise en place de chantier de conservation-restauration, la mise en fonctionnement pratiquée mais nécessitant un personnel de maintenance, les savoir-faire techniques et déontologiques en perdition.

-Pathologies courantes du patrimoine technique, scientifique et industriel : la corrosion des métaux ferreux (liés notamment à la pollution, à l’air sulfuré, aux pluies fines) ; la corrosion des métaux non-ferreux ; les altérations du bois (maladies, insectes) ; obsolescence technologique ; possibilité de monstration difficile ; documentation lacunaire.

Un souci déontologique et méthodologique commun :

-Mener une étude préalable poussée avant d’entamer un projet de mise en valeur.

-Appréhender et documenter l’objet autant que possible [documentation orale, technique, iconographique, etc.]

-Résoudre les problèmes liés à la transmission des savoir-faire.

-Prépondérance de la conservation préventive.

-L’importance d’un projet culturel et/ou scientifique avant l’entreprise de toute restauration (Pourquoi restaurer l’objet ? Et comment ?)

-La constitution d’une équipe pluri-disciplinaire.

-Attention portée au démontage et remontage (si nécessaire).

Possibilité de monstration de ces objets ?

-remise en mouvement (changement de pièces, contraintes de sécurité, etc.) ou présentation statique

-réalisation de maquettes ou de projection audiovisuelle de l’objet en fonctionnement

-textualisation du fonctionnement

Les différents types de conservation-restauration d’une machine (B. Rolland-Villemot) :

– archéologique : conservation de l’objet tel que le temps nous l’a légué

– technique : dimension technique de la machine qui prime (avec ce que cela comporte dans les traitements à privilégier)

– fonctionnelle : remise en fonction de la machine

– ethnologique : conservation de la matérialité et du message, savoir-faire, etc.

– Vision globalisante.

BIBLIOGRAPHIE (articles lus) :

Conservation-restauration des éléments du patrimoine technique et industriel, La mise en place de chantiers pilotes, Sylvie Leluc, François Mirambet, Agnès Paris, Annick Texier, Techné n°18, 2003

La conservation du patrimoine technique et industriel, actes du colloque du centre historique minier de Lewarde, Edition du centre historique minier, 2002

La préservation du patrimoine technique et industriel : entre conservation préventive et protocoles d’entretien, Michel Dubus, François Mirambet, Agnès Paris, Techné n°19, 2004

(1) Les patrimoines mobiliers scientifique et technique : spécificités de leur restauration, de leur conservation et de leur valorisation, Philippe Tomsin, Revue électronique en ligne, Céroart.

Le respect des traces dans la restauration des collections scientifiques et techniques, par Sylvie Ramel, Traces et musées, les Cahiers du musée des confluences

Sylvie Vincent, La restauration et la conservation des machines industrielles : analyse des pratiques à partir de l’exemple de quelques musées français, actes du colloque de Mulhouse-Ungersheim, Musées et sociétés 1993

(2) Le traitement des collections industrielles et techniques, de la connaissance à la diffusion, Bénédicte Rolland-Villemot, l’OCIM

Publicités