Valda et automates

Posted on octobre

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Note de lecture : Automates publicitaires d’une collection, Réflexion sur leur restauration, Marie Boyer – Mémoire de fin d’étude – Année 2001 – Ecole supérieure d’art d’Avignon – section conservation-restauration (186 pages)

Le mémoire est découpé en trois parties cernant de manière crescendo le sujet, soit : (1) les automates publicitaires : contexte ; (2) de la rue au musée ; (3) la conservation-restauration ; en somme, ce sont les plans historiques, ceux de la collection, et enfin, le plan de la conservation-restauration qui sont traités. Nous reprendrons ce plan pour ne rien perdre de la dialectique et donc, de la clarté du propos, même s’il s’agit bien là d’une synthèse.

Le mémoire fait l’étude de la collection de Michel Cotinat, plus particulièrement des automates publicitaires de la marque Valda (une dizaine objets animés dont Michel Cotinat possède la quasi-totalité) ; s’intéressant au statut de ces objets et à une problématique qui nous intéresse amplement : que sont le devenir de ses objets détourner de leur fonction première ? Marie Boyer explique ce que sont ces publicités animés : « Ce nouvel automate qui est plus précisément une publicité animée […] est la conjugaison de leur technique et de la création de l’artiste qui l’a dessiné […] formant ainsi un tableau animé qui est l’objet de notre intérêt. Indissociables de l’art publicitaire toujours en évolution, ils inventent un genre avec leur mouvement, et sont ceux que collectionne Michel Cotinat.« 

(1) les automates publicitaires : contexte

L’essor industriel (milieu XIXe, avec la découverte de la chimie et de l’électricité) marque le début des productions en série, des grands magasins et avec, la publicité moderne, cette « action de rendre public » prenant place et lieu sur l’ancien système de proximité et de fidélité (« de père en fils »).

a) Formes chronologiques de la publicité (nous synthétisons, à grands traits, le mémoire où la chronologie dressée y est plus complète) :

l’enseigne : jusqu’au Moyen-âge (en tôle peinte ou fer forgé), elle est fixée à une potence. Au XVIIIe, celle-ci est plaquée au mur ; 1840 : fabrication de la plaque émaillée ; 1836 : Emile de Girardin finance son journal avec des encarts publicitaires ; 1852 : Création du premier grand magasin par Boucicaut (Au bon Marché) ; 18(-50) : Percée des grands Boulevard parisiens, construction des trottoirs : apparition des vitrines devenues des petits-théâtres ; 1881 : loi sur la liberté d’affichage votée, avec elle, le développement de nouveau support publicitaire ; le conditionnement des produits sous marque (protection et promotion) ; 1870-1880 – Jules Chéret (peintre et affichiste) élabore d’un système fournissant rapidement des tirages couleurs de grands formats ; 1950 : les agences de marketing modernes débarquent en France de l’amérique ; d’autres moyens publicitaires vont voir le jour : annonces dans les quotidiens, cartonnages, présentoirs, calendriers, agendas, crayons, presse-papier, jeux, BD… C’est de cette publicité sur le lieu de vente dont sont issus les automates étudiés.

b) Les automates dans les vitrines :

Les automates alliant science, magie et jeu deviennent logiquement les supports de cette nouvelle publicité concurrentielles. Le mécanisme caché est ce qui fonde l’émerveillement, l’invisible « le sublime de l’inessentiel » (Baudrillard) ; en somme, la tentative pour l’homme de créer un double (tête parlante de l’Antiquité, robot électro-magnétique, l’horlogerie, l’Eve Future, Metropolis, Vaucanson, Robert-Houdin, etc.). Le terme automates n’est réellement applicable qu’à partir de la renaissance avec l’avènement des techniques horlogères (c’est le siècle de Vaucansson, pape de la fonction démiurgique de l’homme surpassant par la raison humaine, la Création divine). Vers 1800, loin des génies, ce sont les petites industries du jouets tels que Bontemps, Vichy, Triboulet, Decamps qui sont les constructeurs d’automates (ils se regroupent dans le quartier du Marais et fondent leur commerce de poupée animées, magiciens, acrobates, clowns, etc. qui trouveront aux expositions universelles un certain succès). « Au départ l’automate, sans faire la réclame d’un produit en particulier, est utilisé par les grands magasins, à la période des fêtes, pour animer les vitrines. C’est Gaston Decamps qui en 1909 réalise la première grande scène animée pour le magasin du Bon Marché en illustrant la découverte du pôle Nord par le commandant Robert Peary. Le prestige du magasin devient proportionnel à la grandeur de la scène animée, tant ces luxueuses installations fascinent les gens et d’ailleurs continuent de le faire puisqu’elles perdurent encore aujourd’hui. »  Les petits commerçant exposeront eux des petits automates plus rudimentaires dans la mécanique et dans les thèmes choisis. L’historique extrêmement précis du mémoire mêle adroitement l’histoire plus générale des automates et l’avènement de ces publicités animés dits automates publicitaires. C’est le Singe apothicaire (1900) d’une herboriste de Montpellier La caverne des singes, qui va préfigurer l’utilisation des automates publicitaires dans les pharmacies.

(2) de la rue au musée :

Marie Boyer explique le rôle des collectionneurs et le statut conféré aux objets, ainsi que les valeurs qui leurs sont accordées.

2-a) Historique de la collection Cotinat (1914-1996) {co-directeur de la revue Histoire de la pharmacie}:

Continuant la collection de faïence pharmaceutiques (poudriers, albarels, chevrettes, flacons…) de son père, Michel Cotinat va limiter sa collection aux objets pharmaceutiques (dont 20 objets animés de vitrine). Marie Boyer retrace l’historique des confréries d’apothicaires et de leur rapport avec la publicité, pour en venir à la collection qui nous intéresse :’Le point de départ de la collection Cotinat se trouve être l’achat, il y a trente ans, d’un premier automate destiné à la publicité des pastilles Valda. C’est en fait Louis Cotinat qui fait cette première acquisition, et ce qui le guide n’est pas d’abord la publicité en elle-même mais le souvenir de ce même automate qui l’a fasciné enfant. Il avait vu en effet «l’avion Valda » se mouvoir dans la vitrine de son oncle lui aussi pharmacien.‘ Pour Cotinat, l’objet doit pouvoir fonctionner, ce qui suppose un mécanisme complet et en état de marche ; il les achète en tant qu’objets d’art publicitaires et non comme objets en mouvement.

2-b) Les automates Valda :

Le mémoire trace l’historique de la pastille Valda -et la multinationale du même nom- dont Henri Canonne est à l’origine. S’ensuit, une explication sémantique et iconographique très riche de la publicité Valda qui fonde l’intérêt d’un tel mémoire [voir l’article de Pierre Julien concernant le mémoire de Marie Boyer, dans Revue de la Pharmacie disponible sur Persée].

Automates des années « 30 » : le premier automate Valda étudié (ronde bosse, carton moulé ; 1910-1920) est le « Docteur Valda (ce « docteur » dont l’analyse est faite dans le mémoire, subira des évolutions esthétiques dans les années 60) actionné par un moteur à mouvement mécanique, avec un système de contrepoids (Courtin), une manivelle en guise de clé pour remonter le moteur. La tête du docteur bouge de haut en bas, puis de gauche à droite. Suivra d’autres déclinaisons d’automates {quatre sur support rectangulaire) dont une tôle lithographiée et emboutie qui reproduit le dessin créé et signé par Georges Grellet. « Pour ne pas tousser, prenez des pastilles Valda« 

Série Voyage : 5 automates pour la plupart dotés d’un moteur mécanique et rectangulaire à grand ressort plat : automobile, avion, bateau, séduction, exotisme (dromadaire, éléphant) et modernité (automobiles des années 20, patriotisme après-guerre, etc.) sont les thèmes clés de cette série.

Automate des années 60, le Feu tricolore : « une phrase, devenue célèbre, montre que l’objet animé par le feu tricolore a lui aussi obtenu le succès escompté. Elle est prononcée par un Titi parisien arrêté au feu rouge qui lui adresse cette injonction : « alors, tu la craches, ta Valda ! » M. MAUCHE, dossier Valda, 1995

 
 
 
 

Les autres automates de la collection sont des objets d’autres marques {le savon Cadum et le personnage du bébé Cadum ; la levure ANCEL; le Mont Blanc ; FILOKIM}

Quelques automates dans les musées (Marie Boyer explique les similitudes avec la collection Cotinat): Le musée de l’automate (Souillac), collection du grand fabricant Roullet-Decamps, a laquelle s’ajoute des automates de provenances diverses ; l’association « Sauvegarde du Patrimoine pharmaceutique » ; le musée de la pharmacie de Montpellier ; l’écomusée de vendée (pierrot coiffé d’un chapeau pointu, marque ELESCA) ; le Musée national des Arts et Traditions Populaires ; Musée des arts décoratifs.

(3) la conservation-restauration : 

Après avoir définit le caractère de ces automates publicitaires (sériels, industriels, animés et graphiques), il est peu question de la conservation dite matérielle de ces objets mais de  tout ce qui est prompte à étayer une démarche en restauration. Suit notamment un passage intéressant sur l’inflation mémorielle, soit l’accumulation d’objets de nature divers dans le dessein de les sauvegarder : « Christian Patyn, à l’occasion du colloque proposé en 1999 par l’École du Patrimoine sur le thème de la sélection et la conservation, utilise la métaphore du jugement dernier pour décrire le sort des objets du patrimoine. Il imagine le conservateur général qui hésite, pour la destination de son objet, entre « l’enfer de la destruction, le paradis de la conservation et de la mise en valeur ou le purgatoire des réserves ; le purgatoire étant plutôt l’antichambre de l’enfer de la destruction […]».

Quelles valeurs ont ces automates ? Ils sont fabriqués dans un établissement industriel, utilisation de la « machine », « ces procédés ayant disparu avec les années soixante, les objets fabriqués ainsi sont considérés comme faisant partie de ce que l’on appelle maintenant l’archéologie industrielle. […] L’étude historique et l’approche critique de la conservation-restauration de ce type particulier d’objet démontre que l’on ne peut se contenter de l’application d’une démarche déontologique, doctrinale, qui s’appliquerait spécifiquement à ce type d’objet, mais qu’il faut reconsidérer chaque objet […] en fonction de la reconnaissance de ses instances historique et esthétique […] d’où notamment la conservation du mécanisme d’origine, autant que possible, dans le cas des automates.[…] Dans le cas où les mécanismes sont entraînés par des moteurs électriques, un autre problème se pose. Ces derniers, plus modernes mais moins solides, ont une durée de vie limitée et tombent en panne souvent sans qu’il soit possible de les restaurer. L’idéal dans ce cas est de pouvoir retrouver un moteur identique. Si les recherches sont infructueuses, il est préférable de lui trouver un remplaçant qui remplisse la même fonction […]. Dans l’optique du strict respect des principes fondamentaux de la restauration moderne, le remplacement des pièces défectueuses est une atteinte à l’intégrité de l’objet. Mais cette atteinte est nécessaire si elle est le seul moyen de rendre à l’objet son animation.« 

Le mémoire se clos sur l’étude de cas de l’automate Voici le vrai remède (l’objet nécessitait une intervention d’urgence pour stopper le processus de dégradation et faisant exemple de l’ensemble de la collection) que nous ne relaterons pas ici (traitement de la couche picturale, du support et du mécanisme).

Relevons simplement que « le mécanisme de cet automate a été confié à un spécialiste en horlogerie ancienne qui a diagnostiqué la panne et s’est chargé de sa restauration. Après démontage, il a pratiqué un nettoyage des différentes pièces du mécanisme. Il a reconstitué l’axe de rotation central et ajusté le jeu des axes et certaines dents du barillet.« 

Relevons en fin du mémoire une bibliographie très complète. Nous n’avons relevé que ceux concernant le patrimoine, les automates et la conservation-restauration.

OUVRAGES SUR LES AUTOMATES :

Bailly C., L’age d’or des automates 1848-1914, Paris, Scala, 1987. 360 p.

Beaune J.C., L’automate et ses mobiles, Flammarion, Paris, 1980

Bedel J., Les automates, J. Grancher 1987

Chapuis A. et Gélis E., Le monde des automates, Etude historique et technique, Blonde la Rougery, Paris, 1928, vol.1 : 348 p. – vol. 2 : 352 p.

Chapuis A., Automates, machines automatiques et machinisme,  Edition Techniques, 1928

Chapuis A., Les automates dans les oeuvres d’imagination,  éd. du Griffon, Neuchâtel, 1947, 269 p.

Chapuis A. et Droz E., Les automates, Figures artificielles d’hommes et d’animaux, éd. du Griffon, Neuchâtel,1949, 425 p.

Cohen J., Les robots humains dans le mythe et dans la science , trad. Dambuyant, Vrin, Paris, 1968

Devaux P., Automates, automatismes, automation,  PUF,1967

Doyon A.et Liaigre L., Jacques Vaucanson , Mécanicien de génie , PUF, Paris,1966

Hemet, Traité pratique de publicité

Maingot E., Les automates,  Tout par l’image, Paris, Hachette, 1959, 96 p.

Prasteau J., Les automates, Gründ, 1968, 186 p.

Sablière J., De l’automate à l’automatisation,  Paris,1966

Theinvers F., Les jouets,  1963, Que sais-je ?

Musée du conservatoire, Automates et mécanismes à Musique  Sect°2 Paris, 1960

M. N. des Arts et Métiers, Les arts mécaniques, Mars juin 1994

Chapuis, “les automates”  1949 (« la féerie des automates  » avec Caran d’Ache).

OUVRAGES SUR LE THÈME DU PATRIMOINE :

Babelon J.P. et Chastel A., La notion de patrimoine, Liana Levi, 1994

Béghain P., Le patrimoine : culture et lien social, Presses de sciences PO, 1998

Lacroix M., Le principe de Noé ou l’Ethique de la sauvegarde, Flammarion, 1997

Leniaud J.M., L’utopie française, Mengès, Paris, 1992

Collectif, Tri sélection conservation, Ed. du patrimoine

Quel patrimoine pour l’avenir ? acte du colloque école nationale du patrimoine les 23, 24 et 25 juin 1999

Jaoul M., Conservation les réserves au coeur du problème dans les musées d’ethnographie (ATP) in musées et collections publiques en France N° 31, 1887

Kleitz M.O., Joannis.C, De la collecte aux réserves : la conservation des objets ethnographiques, in : Nouvelles des Musées classés et contrôlés N°9 avril 1986 Art Press N°12 1991

OUVRAGES SUR LA CONSERVATION-RESTAURATION

Mohen J.P., De la restauration à l’histoire de l’art, APAHAU. 1995

Brandi, Cesare, Théorie de la restauration, Ed. du Patrimoine, Paris, 1977 ( 1ère pub. En 1963).

CNRS (collectif), La conservation des métaux Ed. du CNRS

Musée d’archéologie du Val d’Oise, « À la recherche du métal perdu », Ed. Errance

« De la pratique de la corrosion et de la préparation des surfaces métalliques avant peinture » – EREC Éditeur

Imbert N., Restauration et restitution des éléments mobiles d’une peinture interactive ( Tinguely et Malina). Conservation des biens Culturels, ISSN, n°7 déc. 1997 p21-26.


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