De la revue Culture Technique

« Culture technique a pour ambition de dévoiler, de mettre en kimière, d’établir toute la clarté sur la « face cachée » du développement social et culturel des sciences et des technologies. Son projet n’est ni de vulgariser ni de promouvoir, mais à explicare au sens étymologique de déplier. « Le processus de création technologique se parle difficilement, il est bien souvent aphasique.  »  15 années de Culture technique Pierre-Noël Denieuil

La revue en ligne (l’ensemble des sommaires et articles téléchargeables en format pdf)

Une vision encyclopédique de la technique, des machines passionnantes, une revue ethnotechnologique, Culture Technique est fondée en même temps que le Centre de Recherche sur la Culture Technique* ; elle présente, en outre, de nombreuses références bibliographies, de nombreux thèmes, une refléxion sur le patrimoine, la technique, l’industrie et la philosophie y marchent côte à côte. Une mine, même si elle est déjà datée.

Le premier numéro s’ouvre sur un extrait du prospectus de l’Encyclopédie par Diderot et d’Alembert, cela peut être la ligne directrice de la revue.

« On a trop écrit sur les Sciences : on n’a pas assez bien écrit sur la plupart des Arts libéraux : on n’a presque rien écrit sur les Arts méchaniques ; car qu’est-ce que le peu qu’on en rencontre dans les Auteurs, en comparaison de l’étendue & de la fécondité du sujet ? Entre ceux qui en ont traité, l’un n’étoit pas assez instruit de ce qu’il avoit à dire, & a moins rempli son objet que montré la nécessité d’un meilleur ouvrage : un autre n’a qu’effleuré la matiere, en la traitant plutôt en Grammairien & en homme de Lettres, qu’en Artiste : un troisiéme est à la vérité plus riche & plus ouvrier ; mais il est en même tems si court, que les opérations des Artistes & la description de leurs machines, cette matiere capable de fournir seule des Ouvrages considérables, n’occupe que la très-petite partie du sien. Chambers n’a presque rien ajouté à ce qu’il a traduit de nos Auteurs. Tout nous déterminoit donc à recourir aux Ouvriers.

On s’est adressé aux plus habiles de Paris & du Royaume. On s’est donné la peine d’aller dans leurs Ateliers, de les interroger, d’écrire sous leur dictée, de déveloper leurs pensées, d’en tirer les termes propres à leurs professions, d’en dresser des tables, de les définir, de converser avec ceux dont on avoit obtenu des mémoires, & (précaution presqu’indispensable) de rectifier dans de longs & fréquens entretiens avec les uns, ce que d’autres avoient imparfaitement, obscurément, & quelquefois infidellement expliqué. Il est des Artistes qui sont en même tems gens de Lettres, & nous en pourrions citer ici ; mais le nombre en seroit fort petit : la plûpart de ceux qui exercent les Arts méchaniques, ne les ont embrassés que par nécessité, & n’operent que par instinct. A peine entre mille en trouve-t-on une douzaine en état de s’exprimer avec quelque clarté sur les instrumens qu’ils emploient & sur les ouvrages qu’ils fabriquent. Nous avons vû des Ouvriers qui travailloient depuis quarante années, sans rien connoître à leurs machines. Il nous a fallu exercer avec eux la fonction dont se glorifioit Socrate, la fonction pénible & délicate de faire accoucher les esprits, obstetrix animorum.

Mais il est des métiers si singuliers & des manoeuvres si déliées, qu’à moins de travailler soi-même, de mouvoir une machine de ses propres mains, & de voir l’ouvrage se former sous ses propres yeux, il est difficile d’en parler avec précision. Il a donc fallu plusieurs fois se procurer les machines, les construire, mettre la main à l’oeuvre, se rendre, pour ainsi dire, apprentif, & faire soi-même de mauvais ouvrages pour apprendre aux autres comment on en fait de bons.

C’est ainsi que nous nous sommes convaincus de l’ignorance dans laquelle on est sur la plûpart des objets de la vie, & de la nécessité de sortir de cette ignorance. C’est ainsi que nous nous sommes mis en état de démontrer que l’homme de Lettres qui sçait le plus sa Langue, ne connoît pas la vingtiéme partie des mots ; que, quoique chaque Art ait la sienne, cette Langue est encore bien imparfaite ; que c’est par l’extrême habitude de converser les uns avec les autres, que les Ouvriers s’entendent, & beaucoup plus par le retour des conjonctures que par l’usage des termes. Dans un Atelier, c’est le moment qui parle, & non l’Artiste.« 

La préface de Maurice Magnien – président du CRCT* -est brillante et éclaire déjà sur le rôle du patrimoine industriel notamment : « Il faut préserver la mémoire technique et mettre en valeur notre patrimoine industriel dans le but de faire apparaître les réussites, voire les échecs, pour créer un milieu fertile au sein duquel pourra se développer une réflexion critique sur le phénomène industriel.« 

Autre lien : Office de coopération et d’information muséale (qui relève notamment les publications en substitution du rôle que tenait Culture Technique) ; Aujourd’hui la revue n’existe plus, on peut noter cependant l’existence d’une revue anthropologique Culture & Technique.

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