Télérobotique, téléprésence

Le sujet  de ce Scoop.it, déja explicité dans son titre Oeuvres en mouvement, renvoie à la possibilité pour l’homme de commander à distance, notamment par le biais des réseaux communs de communication, des outils, des objets, des oeuvres d’art ; en, somme, la télérobotique. C’est aussi la possibililté pour un individu de déployer un pouvoir d’ubiquité gagné par les systèmes de téléprésence ; soit, la possibilité d’affirmer une présence outre le domaine de notre être corporel. A chaque fois, il y a mouvement avec tout ce que cela implique comme création potentielle.

Ces oeuvres en mouvement peuvent perdre leur essence irrémédiablement, puisque chaque machine dans un cadre muséal est vouée à une disparition potentielle, plus ou moins rapide (je pense au suicide voulue par Tinguely, de ses machines) ; or, la préservation de ces oeuvres oblige à les maintenir en état, bien souvent en dépit de ce qui légitimait leur création : le mouvement.

Dans les oeuvres mises en mouvement à distance, une autre question se pose : qu’en est-il à la fois de la disparition possible du mouvement, et de l’évolution potentielle des réseaux (leur obscolescence induite), qui, à distance, dirigeait l’objet, l’oeuvre ?

Fred Forest-Le robinet telephonique : 

Fred Forest-Le robinet telephonique | Oeuvres en mouvement | Scoop.it

Que n’avais-je le téléphone en 1992, afin que d’un simple appel, réveillant en moi des spasmes démiurgiques, des envies terriblement pressantes, je fasse couler l’eau d’un robinet dans une galerie ! Quel numéro dois-je appeller, aujourd’hui, quel récipient se remplirait alors, quel robinet se metterait en branle ? Quelle naïade éclabousserais-je ?

Il est des oeuvres, ainsi que celle-ci, qui bien que fonctionnant à distance, font naître, du moins, je le suppose, chez ceux qui en usent cette jouissance héroïque, de faire naître l’eau ou de n’en faire naître pas. Songer, par la pensée, au débit actionné et par là même, au bruit que cela peut faire ; comme une pelletée d’huitres versée dans nos gorges à Noël.

Fred Forest propose à l’homme à travers un appel de rengrenger toute sa salive, et d’en faire couler une autre, plus fine, dorée par les fils téléphoniques parcourus, jusqu’en sa tête, lors, mouillée.

The Telegarden :

The Telegarden | Oeuvres en mouvement | Scoop.it

De 1995 à 2004, une communauté d’internaute pouvait mettre en mouvement l’oeuvre de Ken Goldberg ; il s’agissait de cultiver un jardin, de la plantation aux arrosages en passant par les discussions entre voisins en communauté et tout cela à distance. Un système robotisé muni de caméras permettait en effet à un bras de faire ce que les jardiniers (qui furent 10000) du net demandaient : modifier sensiblement l’oeuvre et a fortiori, le monde collectivement. Aujourd’hui, l’oeuvre n’est plus disponible mais elle fait figure d’exemple en ce domaine. Plusieurs sites y font référence, par ailleurs l’artiste usa plusieurs fois de tel système ce qui nous permettra d’y revenir prochainement et par là, de détailler le travail de celui-ci.

Qu’est devenue l’oeuvre ? Je m’applique à le chercher. Plus encore que la préservation du système robotique soumis aux interventions démiurgiques de la collectivité de jardiniers du net, c’est précisément la préservation de cette collectivité éphémère créée (qui faisait l’oeuvre -et oeuvre-) qui importe ; ce groupe doit, aujourd’hui, être dissout, alors qu’il s’activait à gérer ce microcosme du monde. De même que ce qui fit se rassembler, comme dans la calèche de Boule de Suif, maintes personnes (cependant, bien souvent issues du monde de l’art) dans un monde clos pour diriger une parcelle, elle-même, image du reste du monde, dans des locaux de ARS Electronica Museum à Linz en Autriche disparait aussi vite qu’un jardin en friche. De plus, les utilisateurs doutaient même de l’existence physique du jardin – comme s’ils modifiaient mentalement, un jardin inatteignable et pratiquement, infertilisable. Ce qui fait se pencher pour planter, et ce que cela implique comme projection dans l’avenir (« un octogénaire plantait », etc. ; cf La Fontaine) était dans cette oeuvre, rogné, quoique existent, je pense, dans l’esprit des utilisateurs ainsi que les déambulations rituelles, initiatrices, et pleinement mentales de Louis XIV et ses courtisans, dans les jardins de Le Nôtre.

Je conseille à ce sujet la lecture de « Art et nouvelles technologies : Pour un recadrage de la subjectivité humaine par rapport à l’idée de paysage » d’ Édith-Anne Pageot, Université d’Ottawa :http://journals.uvic.ca/index.php/racar/article/viewFile/1477/580

Nabaz’mob d’ Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé (2009) /L’opéra :

Nabaz'mob d' Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé (2009) /L'opéra | Oeuvres en mouvement | Scoop.it

La video de l’opéra en question est disponible sur le site.

Récemment on annonçait la mort des lapins Nabaztag, les tribulations funèbres de ces bêtes robotiques communiquantes étaient reines sur le net. C’est pourquoi, l’on peut trouver nombre d’articles y faisant référence. Karotz au titre évocateur vint détrôner dans les familles en deuil son camarade, qui lui, est passé en open-source.

En 2009, le Nabaztag était lors à l’apogée de sa gloire, et par lui, le lapin comme symbole -il eût été interessé d’ériger une histoire de la symbolique de cet animal sur le net. Claironnant sa gloire, et regroupé par les artistes Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé, ils va se donner en spectacle avec 99 autres de son espèce, je pense, une sorte de Requiem pour un chasseur. Cent lapins reliés en Wifi à un serveur jouent, durant 25 minutes, un opéra. Oreilles mouvantes, et ventres lumineux sont dans cette réalisation musicale et plastique les éléments du mouvement. La difficulté tient dans le fait que les lapins ont entre eux -de part leur connexion décalée- 10 secondes de différence. L’opéra, et donc, le compositeur a partitionné l’affaire afin que le tout reste écoutable. Est-ce le mouvement qui nous les font croire vivant et qui, si nous voyons l’oeuvre, nous ferait presque applaudir ou bien la forme si commune de représentation d’un lapin, qui déja enfant, nous attachait à de telle forme en peluche ?

Qu’adviendra-t-il de l’opéra Nabaz’mob lorsque ces objets ne communiqueront plus – Karotz prendra t-il place au sein de l’orchestre ainsi que ces pianos qui ont remplacés, avec tambour et trompette, le désormais desuet piano-forte ?

A défaut de ne pouvoir taper du pied ; remueront-ils toujours leurs oreilles ; enfin, si elle est digne de passer à la posterité, qui jouera cet opéra dans cent ans ?

Rover Martien Spirit – La NASA met un terme aux tentatives de contact avec le robot :

Rover Martien Spirit – La NASA met un terme aux tentatives de contact avec le robot | Oeuvres en mouvement | Scoop.it
From guydoyen.fr 

Des bienfaits d’un robot qui échappe à son contrôle à distance après de loyaux services envers la NASA (qui abandonne toute recherche), pour tracer sur la surface martienne des sillons, solitaire, et électromécaniquement libre et donc -par extrapolation- poétique. Puisse t-on voir de notre planète, notre vision télescopée dans le rouge de notre voisine, les traces spontanées quoique symboliques d’une machine hors du contrôle de ses inventeurs !

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