La conservation-restauration des œuvres en mouvement : une problématique à part ?

Posted on octobre

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Conserver-restaurer une œuvre en mouvement ; voilà acte qui fait l’objet de maints écrits (articles, actes de colloques, mémoires), peut-être pas encore assez pour que ce qui y est démontré, préconisé soit réellement appliqué et/ou applicable. Partout dans ceux-ci, il est question de la pauvreté et du manque de point de vue général sur que faire face à de telles œuvres.

Il faudra s’y faire, les machines de Tinguely vont mourir.

Que faire alors ? D’abord, élargir la focale, et noter ce qui a été dit et mieux, fait. La conservation-restauration des œuvres en mouvement n’est plus un domaine en friche qui brille, et fonde sa particularité par son absence de déontologie commune mais au contraire, les études, les traitements réalisés sont des appuis décisifs et des aides précieuses. Cependant, l’application de ce qui est préconisé par tous ceux qui se sont penchés sur la question n’est encore pas parfaite (conditions muséales, etc.) et les ambiguïtés persistantes. Les problématiques liées à l’obsolescence technologique (Art contemporain : obsolescence technologique) sont plus que jamais d’actualité, et les œuvres en mouvement entrent dans ce vaste domaine. Le lot des oeuvres en mouvement, celles-ci à l’instar des objets mécanisés industriels, des arts forains, de l’horlogerie, etc., portent en leur fonctionnement idéal la source de leur dégradation. Ce qui meut l’oeuvre suppose à plus ou moins long terme sa destruction. Quel problème en définitif ? Cela mène à une possibilité de monstration des œuvres limitée, l’exemple-type, La Roue de Bicyclette (1913) de Marcel Duchamp. Celle-ci devait d’un coup de main, pouvoir tourner ; une œuvre interactive en somme. Cependant, les problèmes inhérents aux œuvres en mouvement ont rapidement contraint les musée à interdire le public d’approcher l’œuvre, sans quoi elle ne serait plus. Evidemment, le sens donné au ready-made par Duchamp en est altéré. Si les conditions muséales ont déformés un temps cette œuvre, une solution particulière à cependant été trouvé d’où son exemplarité [à plus d’un titre, car cette Roue de Bicyclette fait figure de pionnier de l’art cinétique] : remplacer l’intérractivité, le geste de la main par une soufflerie produisant les même effets, mais pouvant être régulée (corollaire de la tribologie). Toutes les œuvres en mouvement ne peuvent bien entendu pas trouver une solution similaire.

La désignation de pièces d’usures dans un mécanisme avec une hiérarchisation entre elles (pièces inéchangeables, pouvant être remplacées par un modèle de même type, etc.) est incontournable : les moteurs (pouvant être rebobinés) remplacés, si possible, par des moteurs de même type ; les produits de graissage.

La limitation du temps de fonctionnement (selon, bien entendu, l’œuvre), les systèmes de mise en fonctionnement doivent être choisi après une étude en tribologie [étude des frottements, et a fortiori, des usures] de l’œuvre en question.

L’archivage vidéo, 3D, les plans de montage et démontage si nécessaire, le son de l’œuvre sont des éléments essentiel de l’unité présumée d’une œuvre en mouvement, qui doivent à ce titre être soigneusement conservés. [Le Musée Tinguely à Bâle fait figure d’exemple en la matière]

Plus simplement : la remise en fonction ou non de l’œuvre ? Dépendant des valeurs de l’œuvre et de ses fonctions (artistiques, esthétiques, historiques, etc.). Cela peut résoudre des questions telles que savoir si la matérialité de l’œuvre prime sur son mouvement ou l’inverse (ce que d’aucun appel le concept et la matérialité). Notamment la mort fonctionnelle des œuvres lorsque celle-ci est voulue par l’artiste [Tinguely] pose des problèmes qui dépasse largement la discipline de la restauration, quoique cela la concerne directement.

L’interdisciplinarité apparait vite essentielle entre électromécaniciens, conservateur, conservateur-restaurateur, artiste, etc, si cela est possible.

  • Les mémoires :

En ce qui concerne les mémoires de fin d’études dans les différentes école de conservation-restauration, (voir l’article où j’ai recensé tous ceux qui ont rapport avec les machines : horlogerie, automates, etc.), concentrons-nous plus particulièrement sur ceux qui touchent directement aux oeuvres d’art -perçues et créées comme telles. J’en récence deux, le premier de 1994 est une étude de trois œuvres d’Alexandre Calder par Denis Chalard et le second par Laure Vidal concernant un Rotorelief de Marcel Duchamp, et deux œuvres cinétiques d’Hugo Demarco. A l’Ecole supérieure d’art d’Avignon : deux œuvres en mouvement ont été l’objet du DNAP (licence 3), Another World de Chris Borden (pendant trois ans) et Rotozaza n°1 de Jean Tinguely.

(Voir aussi : article sur les mémoires en conservation-restauration des usines aux automates)

  • Les publications :

Les oeuvres éléctromécaniques en mouvement : approche déontologique et études de cas, Olivier Beringuer, Sfiic; Art d’ aujourd’ hui, patrimoine de demain. Conservation et restauration des oeuvres contemporaines. 13es journées d’ études de la SFIIC. Paris. Institut national du patrimoine. 24-26 juin 2009, SFIIC, Champ-sur-Marne, 2009

Nicolas Imbert , La restauration & la conservation des œuvres animées , problèmes de méthodes illustrées par deux cas pratiques, Revue Conservation-Restauration des Biens Culturels (CRBC) n°16

La problématique de la conservation-restauration des oeuvres d’art contemporaines actionnées par moteur à travers les oeuvres de Jean Tinguely et Jack Vanarsky ; Art d’aujourd’hui, patrimoine de demain. Conservation et restauration des oeuvres contemporaines. 13es journées d’études de la SFIIC. Paris. Institut national du patrimoine. 24-26 juin 2009, SFIIC, Champ-sur-Marne, 2009

The Editors & Lydia Beerkens, Reconstruction of a moving Life, Jean Tinguely Gismo, 1960, Modern art : who cares ?

The conservation of kinetic art, Modern art : who cares ?

Coré n°19 – décembre 2007 : Dossier : les oeuvres en mouvement
 
Actes du colloque (en ligne) ; Les jouets au musée. Conserver, restaurer et exposer les collections de jouets, INP, 2012
 
Nicolas Imbert , La restauration & la conservation des œuvres animées , problèmes de méthodes illustrées par deux cas pratiques, Revue Conservation-Restauration des Biens Culturels (CRBC) n°16
 
  •  Les rapports d’intervention :

Rapport d’intervention, «Rotozaza» par Jean Tinguely, Olivier Beringuer, 2008.

Notons que l’Institut national a mis en ligne une bibliographie sur les œuvres en mouvement, des automates aux objets scientifiques : Bib_oeuvres_en_mouvement_2010-1

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