Conserver, restaurer une machine : un acte anti-luddite ?

Posted on octobre

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Evidemment le conservateur-restaurateur, fut-il celui d’une machine, n’est pas anti-luddite peut-être même au contraire. La question plus comique que problématique n’est qu’un prétexte pour parler des luddites. Qui sont-ils ? Des briseurs de machines. D’où vient le terme luddite ? De Ned Ludd, Général Ludd. Ce mystérieux personnage, peut-être simplement mythique, est le chef de la bande des luddites qui vont briser les machines nouvellement venues, qui détrônent les ouvriers, qui remplacent le travail par un autre de moindre qualité.

Extrait  de l’ouvrage  Les Luddites, bris de machines, économie politique et histoire : « « Luddisme » et « luddites » sont les noms attachés à une série de perturbations mystérieuses qui se déroulèrent en Angleterre en 1811-1812 et connurent des résurgences sporadiques dans les années suivantes. Elles se déroulèrent dans trois des principales zones industrielles de l’époque : le district de la bonneterie dans les Midlands, le district de la laine dans le West Riding du Yorkshire, et le district du coton du sud du Lancashire et du nord-est du Cheshire. Comme ces événements consistaient fondamentalement en des attaques contre les machines, ces noms devinrent les termes génériques pour qualifier, en Grande-Bretagne et ailleurs, la résistance des ouvriers aux nouvelles machines, avec une nuance le plus souvent péjorative : le luddisme et les luddites apparaissent comme des ennemis du progrès technique. Au cours des dernières décennies pourtant, un regard positif et empathique sur les luddites s’est développé parmi certains groupes marginauxhostiles aux effets matériels désastreux, d’une technologie en mutation constante, vouée tout entière au profit et nocive pour l’environnement, ainsi qu’à l’aliénation et à la déshumanisation qui lui sont dues. Il y a donc de nouveau des groupes se proclamant « luddites » ou « néo-luddites ». »

C’est donc un « conflit industriel violent »*, que le conservateur-restaurateur ne doit pas oublier s’il conserve une machine industrielle qui fut donc objet de haine un temps dans l’histoire et l’est encore pour des luddites modernes. Plus que jamais la conservation du patrimoine industriel revêt alors que la technologie a largement montré ses limites (dans le passé et dans le présent), un intérêt croissant. En effet, il n’y a pas de défense de la machine dans la production, mais comme maillon de l’histoire de celle-ci ; comme témoin des erreurs ou des bonnes choses, selon qui l’on est. Il n’y a pas parti pris : illustration de l’apolitique de la conservation. Qu’auraient cependant pensé ces révoltés de l’intérêt que nous portons aux machines ?

Parmi les prises de positions célèbres, voici celle du confère de Chateaubriand outre-mers, outre-Manche, Lord Byron :

Song for the Luddites,

. . . Are you not near the Luddites? By the Lord! If there’s a row, but I’ll be among ye! How go on the weavers–the breakers of frames–the Lutherans of politics–the reformers?

As the Liberty lads o’er the sea
Bought their freedom, and cheaply, with blood,
So we, boys, we
Will die fighting, or live free,
And down with all kings but King Ludd!

When the web that we weave is complete,
And the shuttle exchanged for the sword,
We will fling the winding-sheet
O’er the despot at our feet,
And dye it deep in the gore he has pour’d.

Though black as his heart its hue,
Since his veins are corrupted to mud,
Yet this is the dew
Which the tree shall renew

Of Liberty, planted by Ludd!

Lord Byron –  lettre envoyée à Thomas Moore le 24 décembre 1816

Les luddites: politique des machines par lavolteruz

Bibliographie sommaire :

Les Luddites, bris de machines, économie politique et histoire, Julien Vincent, Vincent Bourdeau, François Jarrige

*Edward P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise

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